“The Birth Of A Nation” - Poétique frustration


En réponse au très pro-Ku-Klux-Klan "Naissance d'une Nation" réalisé en 1915, Nate Parker, scénariste et réalisateur afro-américain, emprunte au titre de cette œuvre à succès et aux thèses ouvertement racistes pour y livrer sa vision d'une autre Nation, via ce nouveau "Birth Of A Nation", dont il est également l'acteur principal.


Pour ce faire, quoi de plus hardi que de dépeindre l’une des périodes charnière de l’histoire de la communauté afro-américaine, à travers une date : le 21 août 1831, où s’est déroulée la révolte d’esclaves la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis d’Amérique. Deux jours durant lesquels, parmi les blancs esclavagistes du compté de Virginie, seront exécutées, sans distinction, près de 50 personnes.


À la tête de ces quelques 70 forcenés, Nat Turner, jeune esclave noir prédicateur de 30 ans, exécuté après deux mois de fuite, le 11 novembre 1831, dans la ville de Jerusalem.


Si Nat Turner s’était contenté, pour la postérité, de fredonner du Negro Spiritual à travers des champs de coton pour adoucir la marque du fouet sur ses côtes, et finir en bon papy soumis à son maître en rendant sagement son dernier souffle au fond d’une chaise à bascule sur une véranda de fortune, une telle chronique n’aurait certainement pas lieu d’être ici.


Dès l’annonce de sa sortie, j’ai donc attaché une singulière importance à participer à l’effort de guerre en allant voir ce film qui, au même titre qu’un « Django Unchained », un « Racines » ou un « 12 Years A Slave », avait toute sa place à la table des œuvres marquantes du 7ème Art sur l’histoire des Ancêtres Africains déportés sur les terres d’Amérique, et faisant forcément écho à celle de ceux déportés dans les Caraïbes.


Spirituel et lettré dès le plus jeune âge, le jeune Nathaniel Turner opère parmi les siens une influence telle que ses maîtres entreprennent de l’ériger en prêcheur itinérant de la bonne parole afin de maintenir les esclaves dans une soumission léthargique et, ainsi, les annihiler de toute idée naissante de révolte contre leurs propriétaires.


Témoin des pires exactions envers les esclaves des plantations dans lesquelles il est envoyé pour prêcher la bible, on peine autant qu’on enrage, dans une attente qui dure, de voir enfin Turner s’insurger sous les traits de son interprète dont l’expression faciale se rapproche plus facilement du poupon-outré-devant-la-méchanceté-des hommes, que du Turner enflammé que l’Histoire nous décrit, et qui finira par s’élever comme un volcan pour tout détruire sur son passage.


Fort d’une affiche coup de poing, de scènes profondément déchirantes et d’une poignée d’acteurs impliqués, « The Birth Of A Nation » s’avère cependant dans son ensemble plus lyrique que survolté comme j’espérais. Ou du moins, survolté, il ne l’aura été que de courte durée. Sur les deux heures de projection, la révolte n’est dépeinte qu’en dernière partie, et pour seulement quelques minutes – bien trop frustrantes pour la spectatrice aux aguets que j’étais.


J’aurais préféré moins de prêche, moins de poésie – l’essence même du film à travers un discours et une photographie particulièrement esthétiques, et qui donc fait se faire dangereusement désirer l’instant ou la colère tant attendue va vraiment finir par éclater.


En dépit de la controverse autour du personnage qu’on choisit ou pas de porter en héros, il m’apparaissait pourtant primordial de d’abord mettre l’accent sur la motivation profonde de Turner, dont la mutinerie avait surtout été déclenchée pour faire ressentir à la communauté blanche esclavagiste, même en deux jours, ce que l’esclave, lui, subissait de sa main depuis déjà plus d’un siècle. Parker a plutôt préféré se concentrer sur la lente (et quasi christique) évolution du personnage qui, au creux de ses mains, détenait telle une arme chargée qui s’est retournée contre lui, cette même bible qui avait aussi servi à délester l’homme africain de ses terres et l’anesthésier de ses croyances originelles. Paradoxal.


En conclusion à un film aussi honnête et bien fait qu’insuffisant, on pourrait dire pour faire joli que non, la violence en réponse à la violence n’est pas une solution. Mais elle devient bizarrement tellement plus intolérable dès lors qu’elle emprunte un sens plutôt qu’un autre.


J’en veux pour preuve, les représailles à cette rébellion et pour les semaines qui suivirent, où 200 esclaves qui n’étaient pourtant pas liés aux événements furent lynchés par les milices, formées au lendemain d’une révolte qui fit immerger au cœur de la population blanche d’alors, quelque chose de pire que le mépris jusqu’ici ressenti pour l’homme noir : LA PEUR.


La définition même de l’esclavagiste tétanisé par la terreur de voir devant lui un esclave REDRESSER L’ÉCHINE, quitte à ce que procédé utilisé pour se relever s’avère aussi SALE que le sien.


De l’importance désormais de se documenter sur le vrai Nat Turner, sur qui la seule « biographie » prend des airs de « confessions » et dont la véracité, à laquelle un crédit total est pour moi inconcevable à accorder, reste encore à prouver.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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