JOKER - Prodigieusement SALE.



Oublions Joker deux minutes. Parlons ici d’Arthur Fleck. L’homme bien avant le monstre. Le mal-aimé avant le haineux. Le supplicié avant l’impitoyable.


Oublions même Arthur Fleck.


Parlons finalement de cette mise en lumière, d’abord simple faisceau pour finir en phare aveuglant, sur un homme parmi des millions d’autres que personne n’écoute et en qui personne ne croit, et que le reste du globe s’emploie chaque seconde de son existence à ignorer, moquer, mépriser, ridiculiser.

Un homme qui de par son handicap, son physique singulier et la folie gangreneuse contre laquelle il lutte désespérément, tente par tous les moyens de se faire aimer, et n’y parvient finalement jamais.


Un être humain, sympathique au demeurant, mais qui un jour et à force d’accumulation, cesse d’encaisser les brimades pour, à la face du monde, laisser cette obscurité volcanique, qui jusque-là sommeillait en lui, prendre les rênes.

Lion d’Or 2019 à la Mostra de Venise, Joker est bien au-delà d’une fiction de l’univers DC Comics. Pas même un film d’action à grands renforts d’explosions et d’effets spéciaux assez prodigieux pour dissimuler la maigreur d’un scénario, comme il en a récemment tant fleuri sur nos écrans.


Non content d’user de la fiction pour dépeindre une réalité, Joker est la dissection brute d’un monde furieusement souffrant, apathique et incivil, mais se présente surtout comme une radiographie des conséquences engendrées par le mépris chronique d’une société envers ceux qu’elle aura volontairement cessé d’encadrer.


Thriller psychologique hors normes à la mise en scène, la bande son et la photographie aussi puissantes qu’oppressantes, le Joker de Todd Phillips (responsable du "Very Bad Trip" que j’avais pas mal détesté) divertit 1000 fois moins qu’il fait fermement réfléchir, laissant ici le spectateur perplexe, partagé entre son enthousiasme devant la perfection tous terrains de l’œuvre et la culpabilité à éprouver cette inavouable empathie pour un fou furieux en devenir, dont on justifierait presque la transition vers le pire obscur.


Si cette culpabilité s’estompe au fil du récit, elle fera assurément place au choc, et brutal, face à la mutation dévastatrice et quasi mystique d’un Joaquin Phoenix pire que possédé par son personnage, au regard dangereusement pénétrant et dont l’implication aussi époustouflante que ravagée dans la peau du souffrant qui vacille vient percuter notre inconscient, avec une violence telle qu’on dépose fatalement les armes devant une prestation si définitive, somptueusement perturbante et coulée dans le titane, et ce, quels que soient les ressentis sur l’aspect général du film.


De mémoire de cinéphile, j’ai peu de souvenirs de quelque acteur ayant pu me faire autant de mal avant Joaquin Phoenix dans CE rôle.


J’en ai presque oublié ma Gueule Robert de Niro dans ce film, ce Monstre ancré depuis mon adolescence dans ma culture cinématographique, et dont le Joker de Phillips rend un hommage plus qu’appuyé à son personnage solitaire du Taxi Driver de Tonton Scorsese (1976). Le jeu carnivore de Phoenix ne laisse tout simplement que des os derrière lui. Et mes cendres avec.


Après une telle volée visuelle, j’ai presque aussi oublié qu’on parlait d’un personnage de bande dessinée. J’ai surtout vu l’histoire d’un mec qui a fini de s’acharner à se faire aimer, et qui pourrait tellement être ce voisin avec qui l’on évite d’échanger des banalités aux aurores dans l’ascenseur, de peur qu’il ne s’arrête plus jamais de parler parce qu’heureux d’être ENFIN entendu.


Joker est tout simplement l’illustration de ce à quoi tout un chacun poussé à bout est clandestinement capable de s’identifier et auquel le monde, lorsqu’il persiste à mépriser ses enfants les plus fragiles, se retrouve confronté dans les cas les plus extrêmes, quitte à faire du dément un sombre héros, avatar de la rage déterrée des laissés pour compte.


Dans tous les sens du terme : Joker m’a heurtée. C’est pour ça qu’une seule fois ne suffira PAS.


À part : "MERCI" et "Pitié : PAS DE SUITE à cette tuerie", j’ai plus de mots.



Chronique live également disponible ici :

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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