Bohemian Rhapsody - Chef d’oeuvre de déception.



J’étais prête. Affamée. Conditionnée pour ça. ... Et voilà.


On n’a pas tous connu Queen en scandant « We Are The Champions » au fin fond d’un stade après la victoire d’une équipe de foot, ou en s’excitant sur le « Princes of The Universes » du générique de fin d’Highlander. On peut aussi avoir baigné dans la sauce Queen depuis l’enfance, comme la biscotte imbibée dans ton café, à cause d’une daronne mélomane qui, chaque week-end dans son salon, pouvait faire virer schizo sa platine-disque (et ta paire d’oreilles) en oscillant entre Mireille Matthieu et Barry White, passant de Kassav à Otis Redding ou d’Aznavour à Willie Colon dans le plus grand des calmes.


De toute cette playlist jouée par une DJ qui a jamais voulu se l’avouer, des ambiances comme celles de Queen sont définitivement restées ancrées.


Queen, c’est clairement trois mecs et un autre. Un mec et trois autres. Aucun ne va sans l’autre. Pourtant, au devant de la scène, il y en a un qui – qu’on le veuille ou pas – a irradié tout le reste : c’était Freddie Mercury.


Forcément, faire naître l’idée de parler d’un groupe aussi mythique sur grand écran implique tôt ou tard, et de façon incontournable, qu’on s’attarde avec un tout petit peu plus (violemment) d’insistance sur Mercury que le reste. Rien que l’affiche te le fait croire. On évoque son histoire dans la légende sans jamais citer son nom, mais même s’il s’agit au départ de ne parler que d’une seule entité : on ne voit pourtant que lui.


Bien qu’aux tous débuts de la conception (chaotique) de ce biopic, j’ai maintes fois eu l’occasion de grincer des crocs sur le choix des acteurs pour incarner Mercury (d’abord Sacha Baron Cohen dont j’ai jamais compris le choix jusqu’à ce que le vrai Mercury au générique de fin me fasse dire que merde… ça aurait pu donner un truc intéressant, puis cette rumeur quasi criminelle du choix de l’ex Harry Potter Daniel Radcliffe), j’ai exprimé, à la vue de la bande-annonce de Bohemian Rhapsody, la même hystérie que le jour où, au comptoir de la Fnac en 1997, j’ai tenu pour la dernière fois de ma vie entre mes mains le sésame pour aller voir Michael au Parc des Princes.


Sortie de projection, Bohemian Rhapsody m’apparaît finalement comme une immense page web saturée jusqu’à la gorge de pop-ups, que tu devras ouvrir sur 4000 onglets annexes pour gratter dans tous les teasers qu’elle t’aura envoyés dans la gueule. Ça marche moins quand on parle d’un film de 2 h 15 dans lequel tout, bien qu’évoqué, est d’avantage survolé comme un Jet à cours de carburant au-dessus d’un posse d’icebergs que concrètement raconté, quand ce n’est clairement pas orienté en faveur des Queen producteurs souhaitant garder la gueule propre et toujours bancable, comme c’est le cas pour Bohemian Rhapsody.


Tu mates le truc, mais Mercury, bien qu’omniprésent sur l’écran, reste étrangement anecdotique.


Si les acteurs sont indéniablement irréprochables (un point pour la ressemblance comme pour Brian May), je peine à en dire autant sur la réalisation et le penchant douteux à faire passer Mercury pour le seul débauché du groupe. Ici, Mercury, sous les traits d’un Rami Malek qui a fait tout ce qu’il pouvait, est dépeint comme une diva fragile et un peu connasse sur les bords, cernée par de gros méchants gays bien malveillants, mais angéliquement rappelée à la raison par son « seul » omniprésent et quasi christique d’amour hétéro, Mary Austin. Le reste des Queen est immaculé, ne boit pas, ne se drogue pas, ne nique pas. Au pire boit du thé et jure à coup de « bloody » quand Mercury fait chier son monde entre deux trouvailles sonores gargantuesques en studio (et soigneusement hachées au montage).


Faits romancés et chronologies parfois obscures (Mercury qui annonce être atteint du SIDA deux ans avant la réalité pour alimenter le pathos final précédant son entrée sur la scène de Wembley pour le Live Aid), Bohemian Rhapsody a finalement tout du biopic Walt Disneysque fait pour ne bousculer personne parce que tout public.


Bah j’ai du mal.


Tout comme j’ai eu du mal avec Rami Malek et qui – je le rappelle – a vraiment fait tout ce qu’il a pu et l’a BIEN FAIT (la gestuelle pour la séquence de Wembley en témoigne définitivement). Il y a juste que mes tripes n’ont pas enregistré. Ou alors très peu.


La faute sans doute à une prothèse dentaire si pro-éminente et clairement abusive (comparée à l’original) qu’elle donne l’impression d’avoir été financée par les trois quarts du budget du film (déficit total suspecté pour l’absence pure et simple de lentilles, te lâchant au calme un Freddie Mercury aux yeux verts), et lui donne l’expression permanente d’une tronche de Bugs Bunny timide à gros cheveux et aux faux-airs de Prince (on prie TRÈS FORT pour que la période moustachue nous débarque violemment dans la gueule pour atténuer le bordel).


Bohemian Rhapsody se regarde d’avantage comme un best-of dans lequel il s’agira surtout – et sans faire flipper son monde – de montrer les conditions (là encore très Walt Disneysques) dans lesquelles auront vu le jour leurs plus grands standards, joués d’avantage en extrait qu’en intégralité (et donc salement frustrant tout au long du film), un peu comme pour te rappeler à quel point tu vas (en principe) devoir lâcher la maille pour en entendre d’avantage. En dehors, tu n’apprendras rien de gênant, voire que dalle, ou alors, pour le peu qu’ils t’en diront, tu le verras décrit avec la même netteté qu’Usain Bolt faisant coucou à son public en plein sprint.


Exit les collaborations, les personnalités et le monde artistiques gravitant autour, l’évolution de l’amour du public - dans ce film : il n’y a personne. Les Queen sont seuls. Pas de Bowie, pas d’Elton John ni bien d’autres : Personne. Queen a débarqué dans la conscience collective un beau matin avec un Bohemian Rhapsody, éreinté par les critiques l’ayant trouvé aussi pourrav que prétentieux, puis explose à Wembley qui prend des airs de concert d’adieu, avec un Mercury très fraîchement atteint du SIDA pour bien te faire chialer du litre. Tout s’arrête là, alors que l’Histoire : NON.


J’ai rarement vu plus gênant que ce biopic, aux manettes desquelles les membres encore en exercice du groupe se matent patiemment le nombril, avant de clôturer le bordel par une tentative d’apaisement via la reconstitution (aux plans selon moi parfois un peu trop étriqués) du Live Aid, dans laquelle la voix planante de Mercury, associée à la prestation de Malek, parvient légèrement à calmer ta déception grandissante (le bordel que t’as foutu à ce moment-là durant la projection parle d’elle-même), mais sans toutefois totalement la supprimer.


Conçu dans la confusion et accouchée dans la douleur au bout de 8 ans de gestation et de fausses alertes en tous genres, Bohemian Rhapsody a plus des allures de grossesse nerveuse que le chef d’œuvre qu’on attendait à peu près autant que l’oisillon bec ouvert devant sa mère à deux doigts de lui lâcher sa pitance.


C’est là que tu te rappelles que « ah bah oui… quelle conne, c’est un biopic sur Queen en fait ». Donc seul Queen compte. Ok. Mais l’histoire de chacun de ses membres alors ? D’où ils viennent ? Pourquoi ce choix de devenir musicos, nanani nana ? Non mais non, c’est bon. Vous avez des docs Youtube pour ça, des bouquins, des t-shirts, tout ça, tout ça. Là, on n’a pas le temps. Au pire, vous apprendrez qu’on a tous troqué nos carrières de scientifiques pour des guitares et que Mercury savait bien gribouiller deux trois croquis chelous sur son Super Conquérant quand il avait le temps, ça devrait le faire le pack.


À ce titre, effectivement, un documentaire sur Youtube aurait largement suffi (vous avez déjà « The Great Pretender » pour commencer).


Pour conclure, autant j’ai pris feu à la bande-annonce espérant que Bohemian Rhapsody m’envoie du bois… autant il ne m’a, au final, pratiquement envoyé que du zinc dans les dents.


Déçue, donc.


PS : Avis aux réals fous furieux ayant raté le coche et bien tapis dans le wood en attendant leur heure : on la refait QUAND VOUS VOULEZ.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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