OJ : Made in America - Itinéraire passionnant d'une petite pute.



Parti de rien, Orenthal James Simpson explose dans la carrière footbalistique (et quelque peu cinématographique) qu'on lui connaît.


Évoluant dans un univers en très grande majorité blanc et au cœur d'une ère particulièrement impitoyable pour la communauté afro-américaine, OJ est tout sauf un militant. À mesure que son ascension s'impose et irradie de milles feux, cette même communauté à laquelle il refuse catégoriquement d'être assimilé croule sous les bavures policières et les meurtres impunis, assénés par la main gantée de la police de Los Angeles, qui adule autant Simpson qu'elle en abhorre le teint.


En Amérique, le football est une religion. Et pour quiconque parvenant à propager la Bonne Nouvelle à travers la qualité de son jeu, l'Amérique, en dépit de son mépris intrinsèque, saura faire l'impasse sur la couleur de celui qui la fera vibrer.


En ce sens, OJ, athlète chevronné et consciencieux dans son art, est un Messie. Et pour conserver ce titre, il s'emploiera jalousement chaque jour de sa carrière à entretenir ce sentiment de supériorité blanche de la société dans laquelle il aura choisi d'évoluer, en la confortant dans l'idée que, pour être accepté, il lui faut renier la part profonde de ce qu'il est - un homme noir, au profit de la façon dont l'Amérique préférera le considérer : un grand footballeur anti révolutionnaire.


Balayant d'un impitoyable revers de main toutes les sollicitations de sa communauté à rejoindre les mouvements activistes, critiquant les autres sportifs afro-américains pour leur militantisme, OJ scande à qui veut l'entendre qu'il n'est "pas noir", mais qu'il est "OJ Simpson". Devenue cyniquement culte, cette déclaration va pourtant jouer un rôle des plus imprévus pour la suite du parcours de celui qu'on considère encore à ce jour comme l'un des plus grands footballeurs de toute l'histoire des États-Unis.


Milliardaire, séduisant, avenant, même drôle, il est difficile de résister au charme et au magnétisme indéniable de l'individu. OJ est le miel autour duquel le monde gravite comme un essaim d'abeilles qui lui butinerait dans la main. Et OJ le SAIT. À ce titre, nul besoin de se faire prier pour obtenir tout ce (et ceux) qu'il exige d'avoir, quitte à en faire pâtir son entourage le plus proche. Car il EST OJ Simpson.


Alors que la société blanche le célèbre comme le bon élève formé pour lui redorer son blason hypocrite de l'acceptation de l'autre, la communauté noire le voit comme un fulgurant exemple de réussite. Et pour ce qu'OJ renvoie à chacun selon sa perception, c'est pourtant tout un monde qui choisit de fermer les yeux sur le côté obscur du personnage, qui se révèle aussi despote et riche à millions que dépourvu d'humanité.

Au crépuscule d'un mariage aux relents particulièrement tragiques, OJ, que de nombreux faits de violences conjugales précèdent, sera accusé du meurtre de son ex-femme, Nicole Brown Simpson, et de son ami Ron Goldman, retrouvés sauvagement assassinés à son domicile le 12 juin 1994.


Non content d'explorer le contexte sociétal dans lequel évoluent la carrière et le procès d'OJ Simpson, le document d'Ezra Edelman se charge surtout de vous en décortiquer méticuleusement tant la genèse que l'ascension, jusqu'à l'incontournable déchéance.


Fractionné en 5 épisodes de 90 mn et oscarisé en 2017, "OJ : Made in America" est indubitablement le meilleur documentaire qu'il m'a été donné de voir depuis le "I'm Not Your Negro" de Raoul Peck.


Alors fraîche adulte dans les 90's, j'étais de ceux qui, l'air ahuri devant leur poste de télévision, avaient suivi ces émeutes après l'acquittement des policiers auteurs du tabassage de Rodney King, jusqu'à cette déconcertante poursuite en direct sous le feu des projecteurs pour appréhender le dénommé Simpson après la mort de son ex-femme.


À cet instant précis, la communauté afro-américaine, lasse des discours lénifiants prônant les prières et la non-violence envers ses oppresseurs, était plus que jamais survoltée. Il ne manquait alors qu'une allumette pour que tout ce qui restait de violence à peu près contenue se mette à exploser avec perte et fracas à la face du monde.


Arrive alors ce mec, que je n'avais connu qu'à travers la série "Racines" et "Y'a-t-il un Flic pour sauver la Reine".


Si j'avais déjà décelé l'arrogance du personnage et dont j'étais intimement persuadée de la culpabilité, c'est depuis ce documentaire que j'ai aussi découvert l'aversion que pouvait avoir Simpson pour cette communauté à laquelle il ne voulait en rien être associé. C'est pourtant bien en elle qu'il a été content de trouver son plus grand soutien, durant son procès comme à l'issue de cet acquittement putassier, pour écumer les colloques, fréquenter les restaurants populaires et les églises afros, suscitant ainsi chez lui comme un intérêt aussi subit qu'obscur pour cette "part profonde" qu'il avait jusqu'ici somptueusement snobée.


L'affaire OJ est arrivée à un moment où il était hors de question pour la communauté noire qu'un afro de plus se fasse arbitrairement interpeller ou tuer par un blanc, et à qui on ne ferait pas plus que taper sur l'épaule ou les doigts pour sanction. Il se trouve que "l'afro de plus" est OJ Simpson, considéré comme un Dieu outre atlantique parce qu'il est riche, beau, populaire et, surtout fait tout pour ne pas être assimilé à un noir. Forcément OJ Simpson est Dieu, et Dieu n'est coupable de rien. Alors Dieu ressort libre.


Et c'est alors que l'adulation CHANGE DE CAMP.


Simpson, de par sa renommée internationale et sa négrophobie à peine voilée, a été jugé comme un riche blanc soutenu par une majorité de noirs complaisants pour qui il n'a pourtant que mépris. Mais cette condition de NOIR qu'il a tant fui finit par le rattraper, sous les traits d'une Amérique qui se révèle telle qu'elle est vraiment face à l'enfant prodigue qui faute, et provoquant chez lui une chute aussi apocalyptique que (selon moi) JUSTIFIÉE.


Car il n'est plus à prouver que Simpson est tout SAUF une victime.


Tu mates le doc et malgré la sincérité passionnante et ultra dévouée des "supporters" d'OJ Simpson, tu te dis juste que la communauté noire s'est, cette fois, TROMPÉE DE COMBAT.


Et c'est en cela que ça fait mal.


"OJ : Made in America" : A VOIR ABSOLUMENT.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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