“Black Panther”. NÉCESSAIRE.


Passée l’euphorie plus ou moins maîtrisée et shootée malgré moi aux réactions passionnées lâchées de part et d’autre à cause de la distribution essentiellement Afro de Black Panther, j’avais choisi de ne jamais jeter un œil sur une quelconque bande-annonce de ce film avant de me faire ma propre idée une fois seulement installée devant mon grand écran.


Réalisé par Ryan Coogler, responsable des deux tueries « Fruitvale Station », relatant les 24 h précédant la mort d’Oscar Grant, exécuté par la police le soir du nouvel an 2009 dans une station de métro de San Francisco, et « Creed », sorte de passation de pouvoir intimiste entre un Rocky Balboa vieillissant et le fils d’Apollo Creed, Black Panther allait forcément changer la donne à travers l’œil de ce cinéaste qui se démarque clairement par son style et dont on attendrait forcément le résultat de son dernier bébé au sein de la franchise Marvel.


Si Black Panther fait clairement son taf au niveau esthétique (les costumes chatoyants, la beauté authentiquement Africaine des actrices, les plans en plongée et contre-plongée notamment durant certaines scènes), il excelle aussi au niveau de la distribution qui n’est définitivement pas en reste. Un casting 24 carats (Chadewick Boseman qui faisait déjà mal à la tête sous les traits de James Brown dans « Get on Up », Forest Whitaker, Lupita Nyong’o, l’impériale Angela Bassett et bien d’autres encore), où même les seconds rôles sont impeccables, avec une mention toute particulière pour la sublime Danai Gurira dans le rôle d’Okoye, garde rapprochée du Roi de Wakanda et – on va être clair - l’une de mes préférées dans le film.


Avec Black Panther, et même si c’est une fiction tirée d’une bande-dessinée des 60’s relatant l’histoire d’un royaume Africain imaginaire, la mise en image de ce royaume fait positivement mal au crâne. Ôde à la puissance ancestrale et à la richesse du Continent mère, Black Panther rend également un hommage appuyé à la Femme Noire, la décrivant puissante, DEBOUT et DIGNE, dont la parole et l’assise sont à eux seuls un pouvoir de poids, mais aussi dont la stature est définitivement celle d’une Reine, même lorsqu’elle est Soldat. Le genre d’image qu’on ne voit que très rarement voire pas du tout au cinéma, à moins qu’il ne cible un public afro sous format DVD et qu’on n’arrive à dénicher qu’en streaming sous VF discount en France (bon allez, tu les trouves aussi en VO, c’est bon).


En cela, Black Panther vaut clairement le coup d’être vu, en dépit des railleries qu’on attendait forcément (et avec, j’avoue, une certaine jubilation) de la part de ses détracteurs sous le prétexte hypocrite que la distribution est essentiellement noire et donc perçue comme communautariste, alors que 90 % des films du même genre ou d’un registre différent sortant sur une année au casting principalement blanc gêne étrangement moins de monde, et qu’on parle « diversité » dès qu’on les saupoudre d’une pincée d’acteurs au profil ultra stéréotypé et frappés d’une étiquette « ethnique » pour épicer l’ensemble.


Outre l’esthétique et le choix des acteurs, c’est d’avantage sur le message et la psychologie des personnages que je me suis concentrée pour me faire une véritable opinion sur ce film. Et si – en dehors de la puissante Okoye et son caractère ultra trempé – je n’avais qu’UN personnage à retenir, ce serait celui d’Erik KILLMONGER, incarné par Michael B Jordan (et vraisemblablement acteur fétiche de Ryan Coogler, puisqu’il tenait les rôles principaux de ces deux précédents films).


Si le personnage du Roi est décrit comme impérial et conservateur au sein d’un royaume dont il ne sort que pour en renforcer les frontières sans un regard pour la détresse de ses Frères disséminés dans le reste du monde, il n’en demeure pas moins transparent face à celui de Killmonger, qui se révèle être le PERCUTANT RÉVEIL NOIR qui s’imposera à sa tranquillité confinée et son mode de pensée étriqué.


Killmonger est l’archétype de ce qui parle au plus profond de mes tripes lorsqu’il s’agit de faire parler la controverse. Car controverse, polémique, il l’est. Exit pour moi la beauté (ou pas) des décors, des tenues, de la bande son, de l’humour et des prises de vue vertigineuses sur lesquels tout le monde va gentiment prendre feu : le point culminant, le personnage central de Black Panther : C’EST LUI.


Killmonger symbolise la révolution qui, à force de voir la paix tarder, finit par user avec ruse et cruauté des procédés de son propre oppresseur pour parvenir à se faire entendre, au risque de devenir l’oppresseur lui-même et passer au final pour un paria qui trahit les Siens (voir pour comprendre). Et face au monarque qui entend d’abord ne protéger que son royaume et ne répondre qu’en ce sens face à la tenace férocité du « paria », il subsiste chez moi comme un méchant petit pincement au cœur du fait que ce personnage puisse être relégué au rang du « méchant » même sans l’être totalement puisque son message, bien que passé avec despotisme, parvient à déclencher chez le Roi une remise en question fondamentale.


Avec un final forcément sauce happy ending (ce ne serait pas Marvel sinon), on ne peut que penser aux clins d’œil dispersés tout au long de ce film, à commencer (en tout cas pour moi) par le programme social du Mouvement des Black Panthers eux-mêmes auquel je suis intrinsèquement attachée, et qui fait – je le reconnais – que j’ai vraiment réussi à accrocher à ce film dont j’ai trouvé le démarrage plutôt lent.


Enfin, et avec une infinie reconnaissance à Coogler pour avoir eu l’ingéniosité de réaliser un tel bijou visuel, je ne peux conclure cette chronique sans souligner ce coup de cœur insupportable pour le suprême « All The Stars » de Kendrick Lamar et SZA qui, en accompagnement d’un générique de fin au graphisme absolument magnifique, mettent ton sens critique acerbe en pause avec un « TA GUEULE » sonore qui te fait percuter sur l’importance de ce que tu viens de te prendre dans les dents et te terminent en larmes comme une merde sur ton siège.


Black Panther ne mettra clairement pas à manger sur ma table, mais il m’a mis à l’orgueil le baume cyanuré dont j’avais BESOIN.


Merci au moins pour ça.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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