NWA - Le biopic tiède “Tout Droit Sorti de Compton”


Il y a deux façons d'aborder « NWA - Straight Outta Compton ».

Soit le voir comme une petite success story américaine sympathique aux répliques cinglantes et aux acteurs attachants, qui raconte l'histoire d'un rappeur super bisounours qui se lie avec cinq autres bouilles pour former un groupe de rap au verbe sale, avant de splitter et devenir milliardaire solo 20 piges plus tard.

Soit le voir comme un biopic à la photographie et au jeu d'acteur honnête, mais qui rate le coche sur la manière de traiter l'histoire de l'un des groupes de rap les plus incontournables de toute l'histoire de la culture hip-hop intergalactique.

Si « Straight Outta Compton » n'avait été qu'une fiction, elle n'aurait pas volé ses éloges, laissant le spectateur en flammes en fin de projection dans le genre « DAMN !! ça parle de tellement de rappeurs à la fois, d'un univers qu'on affectionne et d'un happy-end comme il est possible d’en vivre si on continue de croire à ses rêves » et ce genre de bordel épais...

Le souci c'est qu'il ne s'agit pas d'une fiction, mais bien d'une histoire vraie où les faits – si l’on s’y intéresse un temps soit peu même sans être religieusement fans – sont plus polissés, voire occultés, que la réalité ne les révèle vraiment.

Sans pour autant trouver l'ensemble déplaisant pour l’œil (et SURTOUT pour les oreilles), j'ai toutefois eu du mal à voir ce film comme le biopic D'UN GROUPE, mais plus comme la mise en image supra-conventionnelle de l'ascension D'UN PERSONNAGE, membre d'un groupe qui à la base en compte quand même six.

Cette personne autour de laquelle tout semble graviter sans jamais l'entacher dans son allure d'archange éprouvé par le cycle infernal de la vie de ghetto, c'est Andre Young AKA Dr Dre. Et cette image de gentil garçon sur qui tout glisse, au bout d’un moment, ça passe mal.

Au fil du visionnage de ce film, on a du mal à se rentrer dans la tête que les NWA n'étaient pas constitués que de Dr Dre, Ice Cube et Easy-E, mais qu'il y avait aussi Dj Yella (qu'on cantonne surtout dans l'image d'un producteur qui aime niquer tout ce qui bouge) Mc Ren et Arabian Prince qu'on oublie très vite tellement le scenar les rend transparents. Pour quelqu'un qui s'est contenté de quelques sons de la discographie des NWA (voire pas du tout) et s'est d'avantage penché sur les carrières solo de Dre et Cube, ça pourra ne pas surprendre. On pourra se dire que c'est normal, qu'après tout, c'étaient eux les piliers du groupe, alors qu'il n'en est rien. Et le film ne se concentre selon moi que sur ces trois personnages et bien plus encore sur Dre qui, tout au long du film, te fait bien sentir QUI est aux manettes de la production du film, et qu'il importe à ce titre que son blason reste intact. Et c'est tout ce que je déteste en matière de biopic.

J'aurai toujours une préférence pour les artistes qui assument leur côté obscur et l'étalent sans complaisance sur un écran dès lors qu’il s'agit de parler de leur vie, incontestablement liée à leur carrière et ayant fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui (ou « étaient » selon le profil). Des bios même dérivées comme le « 8 Miles » d’Eminem, narrées depuis l'au-delà façon « Notorious Big », validées par l'artiste lui-même comme « Ray » ou impitoyable comme « Get on Up » et « Great Balls Of Fire » pour Jerry Lee Lewis ne font pas l'impasse sur l’innommable. Ici, Dr Dre (économiseur d'écran par excellence dans ce film) est tellement irréprochable que c'en devient gênant.

Si le personnage d'Easy-E en montre un minimum sur sa part d'ombre, on peut se demander s'il n'a pas été plus aisé pour la production de se lâcher sur celui qui n'est plus là pour contester quoi que ce soit une fois le produit fini, même validé par sa veuve.L'autre souci avec « Straight Outta Compton » est que même en dépeignant le contexte social d'alors (violences policières, racisme, pauvreté, criminalité), on ne sent pas les protagonistes suffisamment impliqués dans les faits qui se déroulent - ou du moins : c'est leur message que je n'ai pas trouvé suffisamment véhiculé dans le film par rapports aux événements de l'époque, tel que le passage à tabac de Rodney King, élément majeur et déclencheur d'émeutes à travers les Etats-Unis, mais au cœur duquel on voit Dre et Cube circuler de façon fantomatique au volant de leur voiture, comme s'ils n'étaient finalement que de passage dans le chaos sans véritablement en prendre part.

Le problème n'est donc pas le groupe en lui-même, mais leur mise en situation partiale dans le film. On vit clairement la naissance du groupe au début du film, mais pour finalement la voir s'étioler au profit de querelles internes et de parcours personnels finissant par dévier pour ne plus vraiment se rejoindre, ne serait-ce qu'à la mort d'Easy-E dont j'ai trouvé le traitement presque bâclé, si ce n'est orienté (voire la lettre d'adieu citée dans le film et dont l'authenticité a en réalité été mise en doute).

Si j'ai quand même apprécié certains passages du film dont je n'ai sincèrement pas vu passer les 2 h 30, j'ai quand même eu une sacrée déception sur les personnages de 2PAC (le fameux Marcc Rose qui a fait saigner des bouches sur les réseaux sociaux avant la sortie du film à cause de sa ressemblance hallucinante avec l'original), et qu'on voit à peine une minute pour finalement lâcher une prestation aussi flash éclair qu’insignifiante, et celui de Snoop Dogg (Keith Stanfield) que seule l'imitation vocale a su convaincre… tant qu'il ne rappait pas (paradoxal).

Pour ce qui est de la prestation générale, je ne peux en revanche que m'incliner devant celle de Jason Mitchell pour le rôle d'Easy-E.

Rendu selon moi le plus attachant de tout le casting, Mitchell par son jeu a réussi le pari de faire revivre son modèle de façon aussi sincère que troublante, et c'est, avec O'Shea Jackson Jr (fils-clône d'Ice Cube), le point de mire ABSOLU du film, sans oublier ce très cher Suge Knight, ici dépeint à travers R. Marcus Taylor comme un vrai diable totalement décomplexé sur son niveau apocalyptique de puterie.

Je reste donc plutôt en demi-teinte sur « NWA - Straight Outta Compton » qui, bien qu'il ait le mérite d'exister, aurait surtout mérité de racler bien plus au fond de la marmite de la vie de ce groupe, plutôt que de suinter la sacralisation quasi virginale d'un Dr Dre qui, en plus de se tailler la part du lion, s'offre également un final à sa gloire au goût plutôt sacrément dégueulasse pour mes petites papilles avides de subtilité.

… Ça vous empêche pas cependant de vous faire votre propre idée sur la question. Donc bon film à vous.

Azy Bisous.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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