Bande de Filles. Ou la COLÈRE là ou tu ne l'attends PAS.


Mon premier sentiment en découvrant l'affiche de Bande de Filles et malgré la beauté de la photographie, c'était la crainte. Les premières volées verbales publiées sur la toile en rapport avec sa sortie n’ont en rien arrangé mon appréhension. J'ai donc lu ce qu'il y avait à lire, mais un strict minimum était suffisant, car j’ai toujours attaché une importance viscérale à vérifier les choses par moi-même sans me laisser influencer par l'opinion générale.


Puis lors d’une séance en salles, j'ai eu droit au premier teaser. Ma curiosité devant ce défilé de jeunes filles qui se déployaient en paroles et en paires de bras sur l'écran en a pris un coup. J'ai donc ensuite cherché la bande-annonce, et je me suis sentie suffisamment neutre et opérationnelle pour aller voir ce film.


Et une fois sortie de salle, ce que j'ai envie de dire est ceci :


Ceux qui accusent un film comme Bande de Filles de stigmatiser les populations noires sont pour une partie d'entre eux les mêmes qui s'éclateront sur la toile à transférer des vidéos de petites connes Afros prépubères qui s’agitent le croupion comme des apprenties salopes en pleine rue, quand ce n'est pas pour se frotter la fente sur des mecs en boîte en appelant ça de la danse.


Ce seront les mêmes à faire suivre des vidéos de bagarres de rue entre noirs (américains ou francophones) tout en se poilant dessus avec leurs potes et en appelant ça euphoriquement "sale", donneront plus facilement leur monnaie pour assister à des concerts bling-bling de minettes à gros cul et porte-jarretelles qui se dandineront plus qu'elles ne chanteront sur scène, sans que la question de leur talent artistique véritable ne soit jamais une seule fois sincèrement posée.


Ce seront les mêmes qui réciteront par cœur du Lil Wayne qui dans ses lyrics parle de taper dans la moule de sa bitch en comparant sa petite séance de cul bien ferme au lynchage en 1955 du jeune Afro-américain de 14 ans Emmet Till en trouvant ça tout à fait normal, et aussi les mêmes qui glorifieront ce genre de rap indigne et dance-hall criminogène faisant l'apologie de l'argent, du cul, de l'homophobie et de la vantardise tout terrain qui n'élèvera socialement jamais personne.


Qui, de ceux qui considèrent Bande de Filles comme discriminatoire pour les noirs, est prêt à donner son argent aux cinéastes indépendants noirs francophones qu'on ignore superbement, alors que les festivals sur le film noir ne manquent pas dans le monde et donc en France ?


Qui, de ceux qui se plaignent d'être toujours dépeints négativement par les médias français, est prêt à abandonner ces mêmes MERDIAS volontairement cloisonnés pour s'abonner à des sites d'infos plus libres et souterrains faisant la vraie promotion du cinéma dit "noir" ?


Bande de Filles ne pourra jamais être plus préjudiciable à la communauté noire que des brûlots cinématographiques acclamés par le public et soi-disant bon enfant comme Case Départ, Antilles sur Seine, 30 Degrés Couleur ou Ma 1ère Étoile.


On se précipite et encense des films dans lesquels il est tellement plus confortable de rire de soi-même (et donc également faire rire les autres en nous confortant dans des clichés transgénérationnels qui les arrange). Mais paradoxalement, on crie au scandale si l'on montre un Afro qui fait autre chose que le bwana mariole gesticulant, sans jamais pousser qui que ce soit à la réflexion sur le pourquoi profond de ce genre de comportement suicidaire.


S'il déplaît à ces personnes de se voir décrits de cette façon, pourquoi dans ce cas attendre que les infos sur un art "noir" alternatif leur tombe tout cuit entre les touches de leur clavier ? Parce qu'il serait bon, avant de se poser en supplicié sur commande, que ces Afros vociférants prennent avant tout conscience que par leur immobilisme complaisant, ils sont les premiers à contribuer à cette stigmatisation permanente qu'ils dénoncent. Et parce que le cinéma qui parle "autrement" de la communauté noire, il existe BEL et BIEN. J'ai un secret pour vous : IL SUFFIT DE CHERCHER.


L'homme noir véritablement affranchi sera celui qui n'aura plus à s'émouvoir ni se justifier des stéréotypes dans lesquels les médias officiels s'acharnent à le placarder, car il aura pris conscience de QUI IL EST, sans attendre que d'autres le fassent pour lui, et parce qu'il aura déjà travaillé en ce sens avec les outils dont il aura lui-même choisi de disposer.


Le synopsis de Bande de Filles n'est pas plus discriminatoire qu'un autre film qui parlerait de la jeunesse de France, ses espoirs et ses travers. Je n'apprendrai à personne que cette jeunesse de France n'est pas constituée que de blancs ; qu'elle est faite d’origines diverses et variées qu'elles plaisent ou non, et avec lesquelles beaucoup d'aigris vont devoir gérer tout en s'imprimant une bonne fois pour toutes dans le crâne que pas une seule partie de cette jeunesse, ne serait-ce qu'infime, n'échappe aux problèmes existentiels et sociétaux qui la forment.


Les histoires d'ados ont une particularité : elles n'en épargnent AUCUN. Car chaque adolescent a son histoire. Elle sera souvent similaire à celle d'un autre et qui les feront s'entremêler pour former des liens, que ces liens sur le long terme soient solides ou pas, d'amitié, d'amour ou de haine.


Maintenant et pour ceux que ça intéresse, ce film de Céline Sciamma est le dernier d'une trilogie portant sur l'adolescence (juste avant : Naissance des Pieuvres et Tomboy).


Ici, dans Bande de Filles (dont le titre pêche selon moi par excès) et avant de parler d'un groupe, on parle surtout d'abord de Vic, une splendide jeunesse qui se cherche et pense s'être trouvée en s'acoquinant avec d'autres filles qui se cherchent tout autant qu'elle, intimident au premier abord, se pavanent, débordent d'humour, parlent fort, se comportent parfois en véritables connasses, mais qui avant tout s'aiment et se soutiennent avec la force de démonstration affective qui leur appartient.


Le genre de fille, seule ou en groupe, dont j'ai à ma façon fait partie à leur âge, que je croise tous les jours sur mon chemin, et qui comme toute adolescente cherchant à s'affirmer, s'arme d'artifices en tout genre pour éviter de montrer qui elle est intrinsèquement.


Adapté approximativement au masculin, ça donnerait La Haine, Le Péril Jeune, Les Beaux Gosses ou encore même, dans le registre humoristique, Les Lascars.


Au féminin et dans un ton moins dramatique, on aurait Tout ce qui Brille.


Tous ces films et bien d'autres du même acabit ont été plébiscités. La différence avec Bande de Filles, c'est qu'il est essentiellement joué par des filles Afros. Et bizarrement, alors que l'histoire a déjà maintes fois été traitée et jouée par des actrices d'origines différentes ailleurs, c'est Bande de Filles qui pose problème, qui est accusé de stigmatiser, qui est perçu comme une volonté de mettre tous les noirs "dans le même sac".


Mais de quel sac on parle, quand on sait que l'histoire traitée dans ce film est la même déjà 10 000 fois filmée ailleurs pour parler d'autres personnes que des filles noires ? Faudrait-il comprendre par ce genre de réaction que seuls les noirs n'ont pas de soucis existentiels communs aux autres, juste parce qu'ils sont noirs ?


Peut-être que des longs métrages dynamités et caricaturaux comme Banlieue 13 passerait mieux dans l'image collective pour parler des vrais problèmes de la jeunesse, fut-elle blanche, des Antilles, d'Afrique ou d'Asie ?


Le cinéma a de tous temps parlé d'une jeunesse se sentant toujours plus blindée que la génération précédente par laquelle elle est jugée, qui s'enorgueillit de l'image qu'elle véhicule et des choix qu'elle fait, qu'ils soient bons ou mauvais. Il suffit pour ça de remonter à 1955 avec La Fureur de Vivre pour se faire une idée, et je suis convaincue qu'en raclant le fond de la marmite des archives cinématographiques, on trouvera bien plus ancien encore dans le monde pour raconter la même chose, car les jeunes d'aujourd'hui seront les seniors de demain, et pointeront toujours leur doigt sur ce qu'ils auront eux-mêmes été.


On crie au scandale sur tous ces films qui font du tort à l'image de l'Afro. Mais parmi ceux qui protestent vertement derrière leur écran, qui va aux festivals de cinéma noir indépendant ? Qui donne son argent aux films militants joués dans des salles parisiennes minuscules comme pour Aliker, ou Lumumba royalement ignoré par le public français et primé à l'étranger ? Qui parmi tous ces vociférants "azertystes" donne sa chance aux réalisateurs et acteurs noirs français ? Qui s'intéresse aux parcours d'Habib Benglia (premier acteur noir en France du 20ème siècle), de France Zobda, Léonie Simaga, Euzhan Palcy, Isaac de Bankolé, Eriq Ebouaney, JoeyStarr ou encore Aïssa Maïga ?


D'ici à ce que ces artistes explosent pour de bon et soient traités à l'égale de leur collègues non Afros, (voire même de leurs collègues Afro-américains que beaucoup préfèrent d'abord glorifier), vous n'avez peut-être pas percuté que la balle est dans VOTRE CAMP, et qu'il vous suffit simplement de participer à l'effort de guerre en allant voir et soutenir leur travail qui - aux dernières nouvelles est à la portée de tous, À COMMENCER PAR LA VÔTRE.


Il n'y a pas eu que la Joséphine Baker, son rêve secret d'être blanche (http://www.lyricsmania.com/si_jetais_blanche_lyrics_josephine_baker.html) et sa jupette putassière aux extraits de bananes pour marquer la scène artistique française, mais ceux qui n'aiment pas chercher se contenteront de personnalité comme elle pour se dire qu'il y a quand même eu des noirs célèbres en France.


Et bien entendu, sur 10 râleurs qui se martèlent le torse à coups de poings sur la sous-estime du 7ème art à leur égard, à peine 2 lâcheront concrètement leur thune pour se documenter sur la bibliographie de quelqu’un comme Régis Dubois ou même se procurer un documentaire crucial et unique comme Noirs de France, pour se faire une idée de ce que les médias ont bien envie de ne PAS LEUR MONTRER sur leur Histoire. Je sors ma science ? Non non. J'ai juste CHERCHÉ.


Je finirai donc cette chronique kilométrique sur une conclusion non-négociable : Bande de Filles que j'ai apprécié n'est pas un "film de noir", mais un film indépendant (et donc pas aux tons hollywoodiens) joué par des actrices principales noires, qui raconte une histoire qui n’est PAS VÉCUE QUE PAR DES NOIRS. Si vous vous cantonnez dans l’idée contraire (ce que je respecte car c'est votre choix), restez-y et n'allez pas voir ce film.


SI, en revanche, vous vous cantonnez dans l'idée que Bande de Filles n'est qu'un "film de merde" sans même l'avoir vu, restez-y aussi et abstenez-vous d'arguments STÉRILES.



PS :


Ah au fait. Un seul truc à reprocher au film. La longueur des plans de transition.


... Vous êtes déçus peut-être.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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