... Juste UN Timberlake.

Si, en 1993, quelqu'un m'avait dit : "Tu vois, le p'tit blondinet de 14 piges du Club Mickey Mouse frisé comme un paquet de nouilles chinoises, là… Bah dans 20 piges ce mec va te foutre à genoux", j'aurais fait boucler ce suicidaire quel qu'il soit pour folie clinique.


Il se trouve pourtant, que 20 ans après ses débuts dans une émission que j'aurais jamais eu idée de mater de ma vie même à l'état de purée sous électrodes, le dénommé Justin Timberlake a eu raison de mes pires a priori sur sa personne.


Timberlake fait clairement partie de ces personnalités dont l'arrivée sur la scène internationale n'aurait sûrement jamais présagé un tel retournement, une telle reconversion, une telle explosion de talent, si on n'avait dû se fier qu'à sa tronche de minet de l'époque.


Du temps des NSYNC, je prêtais autant d'importance à ce mec qu'à une porte (car ultra allergique à tout ce qui de près ou de loin pouvait ressembler à un "boyz band" formaté pour les Kimberley à gros brushings pré-pubères shootées au gloss à la fraise, et qui frisent la rupture d'anévrisme dès que ça tousse dans un micro).


Mais une fois lancé en solo, mes oreilles de chacal ont bizarrement commencé à pointer dans la direction de ce que je considérais encore comme un "ex-membre de groupe chelou qui essayait de se la jouer perso avant de disparaître de la circulation" (la meuf contente d'être aigrie jusqu'au bout).


Et puis un jour, alors que tu te cherches des fringues pendant une séance shopping, tu te mets à bloquer sur l'enfant dans l'écran TV du magasin qui te diffuse un bordel tellement violent que tes tripes, résolument funk de naissance, se mettent à te remuer étrangement ton intérieur (Rock Your Body). Donc tu vas t'acheter le maxi CD de l'individu en pensant que l'histoire s'arrêtera là.


Mais au bout d'un moment, après quelques "featurings" dispersés çà et là avec plusieurs musicos que t'affectionnes (ou pas) joués dans ta radio, tu t'aperçois quand même que ton meuble CD commence étrangement à se resserrer pour laisser place à de plus en plus de sons de ce Timberlake toujours supposé te rendre complètement indifférente.


Et c'est là que tu te dis qu'il va peut-être falloir cesser de te mentir et admettre que le gars a quand même un putain de potentiel puisqu'il commence à gagner en cm² dans tes étagères (malgré cette bouille de minet imperturbable qui bougera jamais).


Et comme t'as toujours des potes dealers de sons mal intentionnés toujours prêts à te foutre dans le premier état de toxicomanie sonore qui pointe dans le coin, tu te retrouves à frôler, quelques années plus tard, une syncope en bonne et due forme en te prenant un "Let The Groove Get In" absolument révoltant pour tes feuilles qui n'en attendaient pas tant de cet espèce de Justin Timberlake du 31 janvier 1981 de Memphis, Tennessee (nan mais ouais, là, fallait que j'en rajoute, genre j'en connais un brun sur sa biographie or what).


Finalement, tu cèdes, tu pars te prendre son opus en caisse (parce que bizarrement, tu TIENS AUSSI à lui donner ton pognon), puis tes dealers en rajoutent une couche en t'offrant toute sa discographie avant la période "20/20 Experience" pour bien te faire comprendre dans quel bordel tu t'embarques, et une fois t'être pris son show du Madison Square Garden en pleine gueule sur grand écran, tu finis enfin par reconnaître que c'est fini pour toi.


T'en arrives à friser l'hystérie le jour où t'apprends qu'il débarque en France, tu pars aux aurores en mission impossible avec ton posse pour choper ton billet… Et tu te prends quelques mois plus tard la plus belle raclée sonore et visuelle de ta vie depuis ce Bad World Tour de ce putain de mardi 28 juin 1988 au Parc des Princes.


En nous rouant de coups (de maître) au Stade de France en avril dernier, Timberlake et ses DAMN de Tennessee Kids nous ont littéralement laissés sur le carreau. De mémoire de mélomane, je me rappelle pas être sortie d'un concert avec une gueule de dépressive aussi marquée que pour le "20/20 Experience Tour", comme si j'entrais en deuil alors que j'étais supposée cramer tous mes meubles en hurlant de bonheur comme une hyène comblée une fois rentrée chez moi (... cherche pas).


Des jeux de lumières à la prestation scénique, en passant par la maestria quasi insupportable de ses musiciens œuvrant comme des bêtes malgré une pluie battante de la première heure, Timberlake nous avait offert deux somptueuses heures d'un spectacle ultra millimétré (jamais vu un artiste aussi PONCTUEL au passage), emprunt d'un professionnalisme et d'une humilité quasi déconcertants. De tous ses opus en solo, il nous en a ressorti les meilleurs sorties. Son public – dont je peinais encore à croire que je faisais officiellement partie – a su donner mais aussi prendre ce que Timberlake avait décidé de lui plaquer dans les côtes. Au menu de la raclée : du perfectionnisme, de la disponibilité et une osmose irréprochable entre lui et sa troupe.


Sortis du Stade de France, il a été dur de se remettre de l'euphorie mêlée au choc visuel et sonore que nous avait infligés Timberlake. Et l'adhésion fut si forte qu'il nous paraissait inconcevable, voire presque prétentieux d'envisager un rappel ; tu sais, ce genre de retour qu'un artiste nous ferait "en scred" quelques mois après son passage à tabac scénique en grandes pompes, histoire de revenir changer nos hansaplasts après nous avoir bien balafré les côtes.


Or, quatre mois plus tard… Voilà que Timberlake nous en remet effectivement une couche…


Et cette couche a été teintée de toute la violence et l'intimité qui manquait à cette première session du Stade de France. En revenant pour un concert privé à l'Olympia ce 21 août, et passé la folie de la première rencontre en espace démesuré, c'est comme si Timberlake tombait le costume de la star internationale pour enfiler celui du bon pote qui te tape sur l'épaule avant que tu partes, pour te dire à coup de clins d'oeil de gosse : "hey… on r'met ça… ?"…


On a donc remis ça. En mode décontracté. En mode rapproché. Mais d'abord plus que jamais pour cette fois : ENTRE NOUS.


Exit donc les animations gargantuesques sur écran géant et les spotlitghts de science fiction tous azimuts, adieu les costumes Cotton Club et les coiffures rétro glacées au gel béton. Place au Timberlake de tous les jours. Car oui. Cette fois, le gars est au plus près de toi, et tu trouves ça complètement normal. Car oui, cette dernière session en mode restreint sonne comme une after logique à la gigantesque féerie d'alors, le dernier verre avant de se dire au revoir alors qu'on est mort de fatigue, mais qui compte autant qu'une embrassade intemporelle sans savoir quand serait la prochaine fois qu'on reverra une bonne bouille qu'on porte dans son cœur.


Pour l'Olympia, JT nous revient "en civil", mais armé des mêmes musiciens fous furieux, eux-mêmes armés de la même ingéniosité sonore qu'en plein stade. De les voir et les entendre jouer dans une salle comme l'Olympia nous permet plus que jamais de tester et d'approuver le talent insupportable de leur musicalité, et de la confiance ultra palpable qui émane de chacun d'eux sur scène.


Même si la playlist est sensiblement la même que celle offerte au Stade, elle sonne définitivement plus clairement, plus précisément, plus PARFAITEMENT à nos oreilles. Quand JT prend sa guitare pour revisiter "What goes around" en acoustique et la détourner aussi radicalement que cette histoire d'amour qui prend fin sur des airs de revanche, la transition est violente, talentueuse, indémontable. Quand il élève son public chantant d'une seule voix ses plus gros standards lui dispensant même parfois de chanter, la communion est absolument intense.


… Mais quand Timberlake t'enchaîne un "Take Back The Night" survolté au mythique "Shake Your Body" des Jacksons… On ne peut plus se dire qu'une seule chose… : "Si tu piges pas MAINTENANT - ok, alors tu pigeras PLUS JAMAIS".


Parce qu'avec ces deux saloperies sonores imbriquées l'une dans l'autre, je doute qu'on puisse faire plus bavard en matière d'hommage, de référence, d'aveu officiel d'allégeance pure et dure à la sphère Jacksonnienne, et dont il est selon moi IMPORTANT de souligner que Timberlake a définitivement de quoi tenir (je pèse pas mes mots, là ; je les DOPE).


De tout ce qu'il nous aura proposé ce soir-là, c'est sans négociation CET INSTANT que j'aurai choisi de retenir et me garder tatoué à l'intérieur.


Je n'aurai cependant qu'un seul reproche à lui faire dans tout ça… c'est de ne pas nous avoir ACHEVÉS avec "Let The Groove Get In" (fausse note étrange sur ce coup, d'ailleurs, JT).


Mais en dehors de ça, et si jamais il subsistait encore un doute sur la question, ce soir j'en suis sûre, il y a Juste UN Timberlake, c'est CELUI-LÀ. Et c'est LE NÔTRE (ouais ouais : le MIEN aussi c'est mort j'avoue).


Respect à ton parcours et d'avoir eu raison de moi et mes clichés de merde des 90's, j'ai plus que jamais mérité la double raclée que tu viens de me mettre. Tu m'en remets une QUAND TU VEUX. … J'irai sans armure.


Merci Mec.


MERCI.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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