"J. Edgar", ou comment rendre sympathique un Enfoiré.


J'ai mis du temps avant d'apprécier Eastwood que je trouvais cliniquement ringard du temps de « L'Inspecteur Harry ». Mais j'ai fini, avec le temps (et surtout depuis "Dans La Ligne de Mire"), par accrocher au personnage bougon-sourcils-éternellement-froncés-qui-n'aime-personne.


Mais le « J Edgar » qu'il vient de me pondre, là, sera probablement le dernier film que j'irai voir de lui au cinéma. Pas pour ne pas avoir aimé, mais plutôt parce que j'aurai arrêté d'essayer de comprendre l'emballement déclenché par chacun de ses films à leur sortie (ou alors c'est moi qui perds mon humanité, à trouver « normal » ce qu'on célèbre à chaque fois de lui comme étant des « chefs d’œuvres ultimes » ? je sais pas et puis là tout d'suite franchement à partir de ce soir c'est officiel : j'm'en cogne).


Du coup, et malgré Di Caprio dans le rôle principal (Di-Caprio-s'te-plaît), autant j'ai pris feu en découvrant l'affiche dans le métro que j'ai pas eu confiance pour le reste. Mais j'y suis allée. Et le résultat est que « J Edgar » est probablement le biopic le plus mièvre jamais passé par mes billes depuis le très révoltant « W » d'Oliver Stone.


Eastwood et Di Caprio , c'est comme des dorures Louis XV aux barreaux d'un lit superposé de prison : les deux ne COLLENT PAS. L'alchimie n'OPERE PAS. C'est comme mélanger une assiette de vent, faire cramer un lac ou brosser un chauve : ÇA NE MARCHE PAS.


Tous les ingrédients y sont pourtant ; les décors, les acteurs – et tous excellents, le sujet, mais le tout si mal fusionné et finalement inconsistant que ça t'en fume presque l'intérêt. Tu regardes défiler la pellicule, tu t'affales et tu te dis « merde... il manque un truc ». Ce qui manque, c'est du RISQUE, et le risque est TOUT ce qu'Eastwood n'a PAS PRIS.


Je suis pas venue pour prendre la peine d'un patron FBI shooté à l'espionnage de fonds de couette de grands pontes de la scène politique américaine des 50's, croc de son adjoint et élevé par une carabosse de daronne dont il essayait les fringues pendant sa pause déj' : NAN NAN ; j'étais venue pour du cramage de dossiers, et Eastwood est encore trop gentil pour s'attaquer à ce type de registre. Malgré ses sourcils menaçants et sa tronche dissuasive en acier trempé, ça reste un sentimental dans le traitement de ses films, et celui-là en est un exemple de trop.


Rien que le fait d'appeler le film « J Edgar » plutôt que « Hoover » est parlant, car en limitant le titre à son simple prénom, c'est comme dire : « l'homme sensible derrière le despote », « le bisounours inavoué grognon derrière l'enfoiré ». Comme pour « W », si l'aspect « grand salopard » a été clairement mis de côté dans le film, priorité est surtout donnée à l'intime ; les grosses affaires d'Etat ne sont qu'anecdotiques, limite flash d'appareil tof jetable dans tes orbites et qui t'aveuglerait à peine un extrait de seconde, pour aussitôt repartir dans un récit plus personnel de l'individu que de sa carrière elle-même.


Autant « W » fut dépeint comme un « grand-Butthead-qui-savait-pas-ce-que-ses-gros-méchants-ministres-fricotaient-dans-son-dos-car-trop-occupé-à-se-faire-aimer-de-Papa-Bush-qui-s'en-battait-les-steaks », autant Hoover (en dehors de quelques rares sursauts assez sonofbitchiens envers deux trois de ses employés) est décrit comme un mini-aigri-tout-p'tit-"kapadami" et vivant une grande histoire d'amour homosexuelle qu'il n'assumait pas (nan parce qu'à la base, Hoover DÉTESTAIT les homosexuels... nan mais laisse, tu vas te faire du mal : on continue).


Exit les Martin Luther King Jr et consorts Black Panther Party espionnés (et / ou butés) jusque dans leur pieu (et / ou ailleurs), aux chiottes les conflits Hoover-Kennedy et tout le reste. En fait, Eastwood donne surtout l'impression de rendre hommage à celui qui a révolutionné les méthodes d'investigations « policières » sur 50 ans d'histoire des Etats-Unis d'Amérique en te la faisant aussi courte que super lisse sur les sujets qui fâchent.


Jamais on ne mentionne l'homophobie, ni ne creuse dans le racisme de JEH. Facho jusque dans les cheveux, on persiste pourtant à te montrer un Hoover qui s'entend super bien avec sa femme de ménage et son agent biographe éclair, tous deux aussi Afros et politiquement corrects que scandaleusement transparents dans le scenar.


Et comme si ça suffisait pas pour mes billes, le plus gros défaut de « J Edgar » réside définitivement dans la chronologie des faits ; c'est simple : elle est juste inexistante. Un coup le gars a 24 piges, la scène d'après il en a 60 bien tassées, et ainsi de suite en boucle pendant toute la durée du film. Pour les dates ? Vas chercher. Comme pour « La Môme », à la fin : ça gave. Et comme pour la « Môme » : t'as adoré le jeu, mais t'as détesté le film.


Parce que le plus paradoxal dans tout ce bordel... C'est que Di Caprio, comme à son habitude et pour ne rien changer, a tout simplement été MAGISTRAL.


Donc voilà Clint, je l'ai dit, je le redis encore : pour le Roi Léo ? … Tu n'es pas prêt, Petit Scarabée.


… Tant pis.


Bonne Nuit.


(... M'rattraper sur « JFK ». Nan mais pour équilibrer.)

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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