Polisse... Dans tes DENTS.


Voilà le genre de cinéma qui me CAUSE. Celui qui, caméra sur l'épaule et brut de décoffrage aux airs de docu-fiction, parle à mes tripes avant mon cerveau, relate un fait réel, casse un mythe ou redore un blason.


Ici, avec « Polisse », Maïwenn Le Besco (« Haute Tension », « Le 5ème Élément »...) prend soin de ne prendre aucun parti, mais se contente de filmer le quotidien d'une brigade, celle de la Protection des Mineurs, avec en son sein le flic, l'agresseur, la victime ; l'HUMAIN dans toute sa complexité, ses espoirs, ses désillusions, ses colères, sa détresse, son sens du sacrifice, mais aussi son côté obscur. Tout ce qui fait d'un être humain ce qu'il EST, bien AVANT de représenter ce pour quoi il travaille, qu'il y mette du cœur et y croit, ou pas.


Comme dans tout métier, il y a ceux qui aiment ce qu'ils font, ceux qui le font parce qu'il faut manger, et ceux qui le feront pour compenser une frustration et "devenir" au travail ce qu'ils ne pourront jamais être dans la vie "civile".


Il y a deux polices. Celle qui réprime, cogne et parle gras, et celle qui sert et protège même quand elle n'a plus envie d'y croire. Maïwen choisit de filmer CETTE police-là. Celle qui sait parler sans flingue ni matraque en main, qui se lasse de faire passer pour ce qu'elle n'est pas aux yeux d'une population qui a fini par l'assimiler à cette AUTRE police, celle qui se fatigue de combattre les constants et mêmes phénomènes au quotidien, et se voit régentée par des humanistes virant lâches à l'arrivée des grands pontes.


« Polisse » ne décrit pas une bande de héros polissés et proprement incompris, mais un groupe d'êtres humains qui, derrière l'uniforme et le badge, se trouvent être – eux aussi – des gens tout simplement normaux, et qui comme tout un chacun craquent, subissent et font subir, se divertissent pour évacuer, s'aiment ou se détestent, s'embrouillent parfois très fort, perdent patience et, parfois même lâchent prise, comme devant ces victimes improbables qui trouveront tout aussi normal d'ouvrir leur jambes en réunion à 14 ans, que « d'avaler » pour récupérer un téléphone portable.


Comme ces films qui s'attachent à démystifier les clichés que d'aucuns se plaisent à coller sur certains de leur contemporains, « Polisse » tente également de redorer l'image ternie qu'est devenue celle de la Police en lui redonnant un visage humain, balafré par les séquelles de son vécu, coléreux, épisodiquement détendu, parfois dépressif mais, avant tout, blasé. Il donne envie de se réconcilier avec cette éthique initiale, qui est de Protéger et Servir et pas seulement rétablir l'ordre en stigmatisant, mais aussi d'insuffler une nouvelle chance au respect et au dialogue, ce qu'on peine aujourd'hui à instaurer, face à celui qui plaque plus vite contre un capot de voiture qu'il ne dialogue avec celui qu'il contrôle.


« Polisse » oscille entre milles sentiments, dont le choc, la révolte, le rire, les larmes, la jubilation..., mais JAMAIS la déception. Car ce film n'est – selon moi – rien de moins qu'un chef-d'œuvre.


Il devient rare de tomber sur un film dont la distribution est à 100 % parfaite ; c'est néanmoins le cas du film de Maïwen Le Besco, dont le casting est constitué d'un redoutable arsenal d'acteurs, tous aussi doués et furieusement NATURES les uns que les autres.


Mais si, dans toute cette équipe d'acteurs des plus TALENTUEUX qui soient, je ne devais vraiment en retenir qu'un, voire deux, ce serait, ET EN TÊTE, Didier Morville AKA Joey Starr, pour qui ce rôle totalement à contre-emploi révèle l'incontournable comédien qui sommeille en lui, qu'il faudra bien laisser officiellement s'exprimer un jour et, pourquoi pas, lui faire envisager une reconversion totale dans le monde du cinéma. Il n'y a tout simplement pas, ou alors peu de mots, pour décrire la prestation de ce mec qui laisse absolument pantois et qui, pour ma part, reste la plus énorme et INTESTINALE surprise du film.


Aux côtés de Joey Starr, une mention définitivement spéciale également à Marina Foïs, ex et délicieusement excentrique membre de l'équipe des Robin des Bois, qui cogne littéralement par son jeu impénétrable de femme-flic aigrie, et dont la froideur apparente cache un total désamour, et d'elle-même, et de l'humanité tout entière, à travers ce petit bout de femme qu'elle incarne avec maestria.


Prix du Jury au Festival de Cannes (ça change de la Palme d'Or totalement injustifiée à l'autre « Tree Of Life » en BOIS de Terrence Malick), « Polisse » n'aura pas non plus volé de rafler du César à la prochaine session 2012.


Voilà, qu'ajouter de plus à tout ça, à part juste UN GRAND BRAVO - et à m'en péter les phalanges, pour Maïwen et le coup de poing qu'elle vient de nous mettre. Mon bide en a pris un coup ce soir, et j'en rajouterai bien des salves encore, une fois que le DVD sera sorti.


Et une seule chose à dire pour conclure, à l'attention des sceptiques : mettez vos a priori de côté, allez-y l'esprit neutre, et NE MANQUEZ PAS CE FILM.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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