... Quand Prince te fait l’Amour.


Même si au départ tu te dis « nan mais nan c’est bon je l’ai vu y’a 20 piges donc je sais à quoi m’attendre, pas la peine que j’y retourne », il suffit de croiser le regard de Prince Rogers Nelson au détour d’une rue de Paris, t’annonçant sur une affiche esthétiquement déstabilisante qu’il va te passer sous le nez alors qu’il joue à deux pas de chez toi, pour que le charme opère.


Tu mates tes potes qui sont presque à t’agiter leur billet sous le nez pour te faire chier, et finalement, tu te sens conne. Tu te demandes ce que tu fous encore là à te faire narguer par ceux qui, en face, s’apprêtent à vivre un des plus forts moments sonores de leur existence. Tu te dis qu’il suffit pas seulement de brailler à qui veut l’entendre que « la vie est courte », mais que c’est pas mal non plus de te l’appliquer AUSSI à toi-même. Et tu sautes le pas. Tu vas sur la toile, tu te prends ton billet… ET C’EST A TON TOUR DE NARGUER LES AUTRES…


Prince n’est rien de plus incontournable qu’une histoire d’amour de 20 ans. Chauffée par des médias qui s’acharnaient à le décrire comme un rival gratuit de Michaël Jackson qui était toute ma vie dans ma pré-adolescence, je le haïssais par défaut. Comme ça, pour faire comme la meute des suiveurs qui réfléchissent avec un tube cathodique à la place des neurones.


Mais un soir, sur Canal + qui venait de débarquer dans les chaumières dans les 80’s, voilà que je tombe sur « Purple Rain ». Et un truc se déplace dans mes tripes. Son allure, son ambiance, sa voix, son regard, sa MUSICOLOGIE me causent. Mais je reste encore tranquille, en me contentant d’enregistrer son film sur VHS, le mater 20 fois par semaine et répéter les dialogues et chanter les sons par cœur.


Mais ce salopard de Fils spirituel de Jimi Hendrix n’allait pas l’entendre de cette oreille. C’était pas suffisant que je l’admire, fallait qu’il m’assassine. Et il allait me finir avec « Kiss ». Cheveux coupés, torse dévoilé, sonorité funky alternative… J’avais juste jamais rien entendu de tel avant… Je venais de faire connaissance avec l’OVNI musical le plus ingénieux de sa génération, le plus perfectionniste, le plus intransigeant, inaccessible, sexuel et charnel jamais joué sur mes platines avant.


Quand Prince inspire, c’est de la Musique qu’il emporte. Quand il expire, c’est de la Musique qui en sort. Tout en lui n’est que MUSIQUE, Mélodie, Inventivité, Exclusivité, Originalité, SENSUALITÉ.


Quand il prend sa guitare, c’est sa Maîtresse qu’il malmène. C’est Elle qu’il retourne dans toutes les positions, qu’il fait gémir comme une Bitch, vrombir comme une Moto, ou hurler comme une Torturée. Elle souffre, elle rit, elle pleure ; mais sous sa main à Lui, Elle nous dit TOUT.


Revoir Prince, c’est comme retourner auprès d’un amant dangereusement addictif, dont la trace qu’il a laissée la dernière fois qu’on a couché nous a à jamais traumatisés. Mais y on revient quand même, avec la conscience définitive qu’on n’en ressortira pas entier, qu’on repartira les pieds devant et les tripes à l’air.


Alors que d’autres se demanderont comment on peut encore s’intéresser à un être dont le répertoire musical est tellement chirurgical et trop peu commercial qu’il reste inabordable en concert, on balaie ces interrogations gratuites en y allant franchement, pour se prendre la raclée SONORE de sa vie. Et nous y voilà. Au Stade de France. Ce putain de damn de Jeudi 30 juin de cette année 2011…


Et ce que Prince nous a offert, ce soir… c’était de l’Amour. Celui des choses bien faites, avec le cœur et les tripes, livrées par un Mélomane inclassable, Beau jusque dans les cheveux, résolument Funky jusque dans le sang qui lui coule dans les veines, l’air qu’il emprunte, les moindres mouvements qu’il déploie sur ce lit définitivement incendiaire qu’est la Scène.


Le Temps n’a aucune emprise sur Prince. C’est Prince qui a une emprise sur le Temps. Un amant de la Clé de Sol dont les mélodies nous bercent autant qu’elles nous chahutent, nous excitent et nous bousculent. Sa guitare est son Epée, ses poumons sont son Armure… Je l’aime…, je l’aime, je le respire. Cette nuit, il m’a TOUT DONNÉ, ne m’a rien REPRIS, mon âme a tout simplement failli y rester… Et je l’y aurais volontiers abandonnée.


Accompagné du mythique Maceo Parker et de tout un attirail de MUSICOS hors pair, à commencer par cette sublime Cassandra O'Neal, tant douée aux chants que DOULOUREUSEMENT TALENTUEUSE A LA GUITARE, Prince nous a tenus dans sa main et nous a serrés bien fort, pour ne plus nous lâcher avant 3 HEURES pour un show absolument IMPLACABLE.


Prince AIME le PARTAGE. Et il PARTAGE ce qu’il AIME. Respectueux de son public, il l’est tout autant de son Art qui n’est pas qu’un travail, mais tout d’abord une SECONDE PEAU. Une raison d’Etre, de Vivre et de ne JAMAIS MOURIR.


De « 1999 » à « Kiss », en passant par « Musicology », « I Would Die For You », « Sign O The Times » ou encore « When Doves Cry », Prince a opté pour une playlist aussi Funky qu’Old School tout terrain, sans oublier de réviser certains classiques comme le « Come Together » des Beatles, et bien d’autres standards soul et funk qui ont pu jalonner notre enfance (Chic - "Le Freak" / Wild Cherry - "Play That Funky Music White Boy"...).


Mais le point culminant de tout cet acte d’Amour est, sans conteste, ce petit medley durant lequel ont commencé à surgir ces petites notes si familières, et qui au fur et mesure qu’elles s’élevaient dans les baffles, nous sont allées droit au cœur et au ventre, sur cet air insupportablement FUNKY ELECTRO en guise d’hommage aussi coloré que puissant au Brother Michaël Joseph Jackson, pour un inoubliable « Don’t Stop Til U Get Enough » sur lequel la foule, jusqu’ici déjà follement communicative, était devenue littéralement enragée en reprenant le refrain d’une seule voix dans le stade. … L’instant le plus douloureux pour moi qui n’ai plus trouvé la force de chanter ou danser mais juste de rester là, plantée devant cette ordure de Genius à petite taille, à ne plus maîtriser mes larmes, à me dire que lui était ENCORE LA. Que j’avais devant moi un Lion qui rendait hommage à un Autre, que j'avais le privilège d'en être le témoin direct, que c’était bon, mais surtout que ça faisait mal.


Pour ne rien arranger, Prince nous achève derrière avec un « Purple Rain » en diamant BRUT, sur un solo guitare aussi rageur qu'absolument indescriptible, escorté des chœurs faits par la foule, sous une pluie de confettis pourpres et or, et qui nous est tombée dessus comme les caresses d’un solfège d’Amour sur le visage, sur nos vêtements, dans nos cheveux… sur nos cœurs… partout.


… Je ne sais pas quoi dire de plus que ce que j’ai déjà dit ou tenté d’expliquer ici... Peut-être aussi parce que j'ai pas non plus la force d'aller plus loin. Je peux juste dire à ceux qui n’étaient pas là, qu’ils ont raté l’une des plus belles choses de leur vie, que Prince est resté toujours aussi beau qu’il y a 30 ans, que c’était bon, que c’était MAGNIFIQUE, INTESTINAL, et que « AAAAAOOOWAH !!!!! »… Oups… Sorry. ... J’ai joui.


… « Fatigués » ?


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Crédit photo : Tallojah Makandal

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