Mesrine, L'Ennemi public n° 1 - Vincent... L'Or DUR.



Sonnée. Terrassée. Positivement terrassée. Agréablement anéantie. Fantastiquement détruite. C’est comme ça que j’aime le cinéma. Quand il m’attrape au col, me soulève et m’envoie contre un mur après un vertigineux vol plané longue durée. J’aime sentir ces palpitations dans la poitrine, cette panique à deux doigts du dénouement, et cette gorge qui se serre quand elle est prise par l’émotion infligée par le jeu d’un acteur, la profondeur et la conviction habitée avec lesquelles il le fait suinter et ressortir par tous les pores de l’écran. J’aime quand ce cinéma s’attaque au spectateur, le subjugue et l’assaille, l’insupporte et l’agresse, le laisse pratiquement dans le coma et lui perturbe encore le cortex les jours d’après. Ce soir et comme il y a maintenant bien longtemps, je me suis prise une belle raclée. Plus de 2 h de projection sans presque aucun répit ; c’était une belle volée, un passage à tabac visuel en bonne et due forme, administrée avec une telle violence de talent qu’elle est de ces corrections dont on redemande une salve, le besoin de manquer de souffle entre chaque coups de lattes dans le ventre en plus. J’encensais déjà Cassel pour le premier volet, je n’ai presque pas de mots assez forts pour qualifier sa prestation dans cette seconde partie, tant l’artiste, tant l’homme est consacré, habité, transformé, génétiquement modifié. Plus qu’une claque dans l’iris, c’est un coup de jus dans les neurones, un choc dont l’intensité m’a laissée chancelante, dans l’impossibilité de dominer mes spasmes même 10 mn après la fin du film. Bien plus consistant que le 1er volet où l’on montrait la «montée en grade» de l’individu dans le grand banditisme (et où il était donc d’avantage mis l’accent sur les scènes d’action), cette seconde (et selon moi meilleure) partie appuie surtout sur le profil psychologique, la mégalomanie et la grosse tête chopées par Mesrine, galvanisé par l’affection de la presse et d’une partie de la population qui le voyaient comme un gangster du peuple au grand cœur, qui «volait à plus voleur que lui», avait un sens inné de la répartie et savait tourner en ridicule les plus hautes institutions à coup de rhétoriques et diatribes aussi cinglantes et salées qu’hilarantes. Une métamorphose impressionnante (20 kgs jusque dans les cordes vocales), une distribution savoureuse (une spéciale pour Gérard Lanvin, mais surtout Mathieu Amalric – le méchant frenchie du dernier «James Bond» – et son regard de furet psychopathe dans le rôle de François Besse), une reconstitution remarquable du Paris des 70’s, mais aussi des séquences très certainement appelées à devenir cultes, comme la scène de son procès, ses échanges pittoresques et relevant quasiment de la science-fiction avec son richissime otage octogénaire, ou l’interview durant lequel il tétanise littéralement la journaliste en lui proposant subitement une boisson juste après un tragi-comique pétage de plomb dans le micro, laissent de sacrées traces de barres abdominales. Impossible de ne pas se tenir les côtes en se disant que ce mec était un vrai taré. Mais un taré lucide, affublé d’un ego surdimensionné et animé par une conception bien personnelle de la justice, qui s’explique ou pas, qui se justifie ou pas, mais sans qu’il ne faille trop chercher à la défendre, surtout quand c’est tentant -> voir le cas de Jacques Tilier, journaliste à «Minute» tabassé et laissé pour mort dans une grotte, et dont l’agression semble avoir signé l’arrêt de mort de Mesrine dans l’opinion publique. Le malaise prend corps pour ne plus quitter le public à partir du final que tout le monde connaît – son exécution (car c’en est une) à Clignancourt. Malaise durant lequel JF Richet, s’il joue avec nos nerfs avec un suspens aussi alerte que définitivement sadique, ne prend pas de gants avec le spectateur qu’il ampute aussi brutalement que le fut le parcours de Mesrine, et dont la mise à mort scelle aussi bien son histoire que le film lui-même, sans plus de fioritures ou autre conclusion moraliste quelconque. A chacun ensuite de se faire sa propre opinion sur le personnage. Richet aura voulu dépeindre un homme dans toutes ses contradictions et ses accès de violences injustifiés avec un œil neutre et sans concessions, je doute cependant, par le biais de Cassel, qu’il soit vraiment parvenu à ternir l’image du très truculent Mesrine dans l’affection du public français. L’Ennemi Public n° 1 est tout simplement magistral, et Vincent Cassel… un Sacré Monstre. ... J’avais pas vu une salle aussi bondée depuis Terminator 2. J’y retournerai c’est obligé (ooh-weee...).

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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