This is It - Comme on ne le verra jamais plus.


Retours de l'avant-première au Grand Rex.



Faisant volontairement l'impasse sur les aspects privés du personnage, Kenny Ortega prend soin de ne se concentrer que sur les coulisses des répétitions de la tournée sur laquelle travaillait Michaël en direction de Londres, et la façon dont il fonctionnait avec ses danseurs, ses musiciens et Ortega lui-même.


This is It, que d'aucuns se sont maladroitement évertués à scander comme un slogan de festival avant la projection, se révèle finalement être tout sauf une promotion de concert inachevé, mais plus sobrement le témoin des derniers jours d'une Légende faite Homme qui, malgré la pression imposée par ses producteurs et le stress fatal qui en découla (et qu'on n'avait de toutes façons pas besoin de revoir ici non plus), s'était fait le devoir de ne pas décevoir les fans de la première heure que nous sommes et, dans le meilleur des cas, museler ses détracteurs par cet imparable argument de taille qui toujours fut le sien : son indétrônable talent.


On prend plaisir à voir à l'œuvre un Michael travailleur, rigoureux et pointilleux au point de parfois véhiculer l'image d'un gars aussi attendrissant que prodigieusement chieur à ses heures (pour la bonne cause), pince-sans-rire hors pair, d'une fausse modestie épisodique hilarante, et dont la propension à la tolérance et l'amour des siens parvient toujours à interroger le commun des mortels que nous sommes, qui ne concevons pas toujours la noblesse d'appeler à la bénédiction divine sur ceux qui nous font du mal.


On cherche encore la santé "chancelante" si généreusement prêtée par les médias à Michaël ces dernières années, qu'on découvre à l'aube de ses 51 ans au meilleur d'une forme (tant physique que vocale) quasi insoupçonnée, à l'heure où le monde entier se plaisait à le déclarer socialement et artistiquement mort, alors qu'il n'en était définitivement RIEN.


Mon père m'a dit un jour que les personnes dotées de très grandes mains étaient des bourreaux de travail. J'ai par la suite toujours bloqué sur celles de Michaël qui étaient gigantesques, et pour lesquelles j'avais une affection toute particulière. Perfectionniste à l'humilité désarmante, Michaël demandait pourtant presque pardon d'exiger. Mais une fois entendu, il donnait TOUT. Ses danseurs eux-mêmes ont vite cédé la place aux gamins de 10 ans qu'ils furent jadis, inconditionnels de ce Monstre Sacré qu'ils eurent non seulement la chance d'approcher, mais en compagnie duquel ils purent également exaucer le vœu insolent de danser.


On imagine aujourd'hui l'immensité de leur chagrin, si tant est qu'il puisse être aussi dévastateur et inconsolable que le nôtre. Car pour certains voire beaucoup d'entre nous, Michael pouvait tant être un exutoire qu'une passion ou une raison de vivre qui supplantait aisément tout le reste, au risque la plupart du temps de s'oublier soi-même.


Hommes et femmes de tous âges et toutes générations, nous étions TOUS là. Comment peut-on concevoir un tel amour, une telle ferveur, une telle adoration aussi intemporelle qu'interplanétaire pour un seul homme, un petit garçon quinquagénaire au sourire destructeur, aussi frêle qu'une libellule et aussi rageur qu'un lion ? Qui pourra, dans les années et siècles futurs, prétendre à une admiration, une vague de dévotion mondiales aussi intenses ?


En voyant This is It, on prend conscience de l'ampleur du projet de destruction massive que nous préparait Michaël, et dont le but premier aurait sûrement été de nous laisser pour morts dans les gradins d'un stade en ruines après nous avoir infligé ce qui promettait assurément d'être une râclée auditive, visuelle et artistiquement ultime, telle qu'on n'en n'avait plus vue. Une oeuvre enlevée, déconcertante d'ingéniosités en tous genres, dans laquelle un "Thriller" totalement revisité aurait relégué le clip original au rang de simple bande-annonce expérimentale, ou qu'un instrumental survolté de "Beat It" sauce Jimi Hendrix aurait, d'un seul coup de corde de guitare, désintégré le solo mythique d'un Eddie Van Halen.


La mort de Michaël a donné lieu à toutes les irruptions d'hommages possibles et imaginables à travers le monde, des plus sincères aux plus hypocrites, des plus médiatiques aux plus intimistes, et autres réhabilitations dont le caractère tardif suscite bien plus la colère qu'un quelconque soulagement.


A ce titre, et si Michaël s'est - depuis sa disparition - vu le pantin d'une mascarade de cérémonies funèbres officielles aussi vomitives qu'artificielles, il n'en demeure pas moins que la projection de This is It se révèle enfin être NOTRE cérémonie d'Adieu bien à nous, ses enfants, en hommage à lui, notre Amour, notre Prince, notre Âme-Sœur, et dont la pudeur et la sobriété ici dépeintes prennent les traits d'un puissant Adieu, de funérailles festives empruntes d'une incommensurable et indéfinissable douleur, qui parle tant d'elle-même qu'il lui sera inutile à l'avenir de nous rappeler à quel point tout est désormais fini.


... Et cet étrange sentiment d'apprendre ta mort une seconde fois, Michaël, une mort que je ne semble réaliser qu'aujourd'hui car venant de m'exploser au visage, avec l'assurance qu'il ne me sera dorénavant plus possible de rêver de te revoir, au moins encore une fois, ne serait-ce que pour avoir l'occasion de te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi.



Le monde sait maintenant ce qu'il a perdu, ce que de son vivant il pourchassait gratuitement et ne retrouvera jamais plus. L'ironie c'est qu'il s'en aperçoit trop tard, et qu'il ne nous reste à nous que nos larmes et amertumes, qu'il prendra un temps cruellement précieux à ravaler.


... Repose-toi bien, Petit Prince.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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