Tueurs Nés - Tuerie N.E.T.T.E.


Tueurs nés, ou l'art de l'Uncle Stone de toujours appuyer là où ça fait mal, là où ça gêne, là où ça irrite, là où ça dégoute, là où ça pullule et t'éclate en pleine rétine, là où les pointeurs de doigts vertueux sont jugés à leur tour. Dans "Tueurs Nés", Oliver Stone met carrément l'Américain voyeur, patriote et consommateur de base face à sa propre hypocrisie.


Le genre à prôner la non violence avec un permis de port d'arme cousu sur le gland et sa petite armoire de collection d'Uzi trônant fièrement en vitrine dans son salon, le genre à crier au scandale à l'apparition d'un bout de téton pendant le Superbowl et en parallèle glorifier ses petits soldats au front qui tirent sur tout ce qui bouge et font figure d'icone artistique en ton sépia devant l'objectif d'un reporter qui décrochera un prix Pullitzer pour avoir fait la plus belle photo de guerre.


Le genre à former leurs nourrissons et leurs chiots à peine sevrés aux pires concours de beauté locaux, formater ces mêmes gosses en les greffant menu Bic Mac sous le bras dans le canapé devant leur tutrice de télé, à faire des procès à outrance pour tout et n'importe quoi, à buter Bible au poing les médecins pratiquant l'avortement sur un parking d'hôpital et brandir des «Choose Life» sur banderoles de fortune, tout en érigeant en héros des profonds psychopathes comme Ted Bundy, Jeffrey Dahmer, Wayne Gacy ou encore Charles Manson qu'on glorifie en chanson.Ce film montre à quel point l'Amérique peut être hypocrite avec les parias qu'elle condamne mais vénère finalement de façon quasi intestinale.


Systématiquement banni à sa sortie et décrit (sans surprise) comme une incitation à la violence, «Tueurs Nés» se révèle être un chef d'oeuvre de la satyre américaine, suinte par tous les pores d'une violence hors norme, caricaturale, aberrante, vomitive, mais dont l'exagération et la gratuité dépeintes sont selon moi tellement capitales, car illustration incontournable d'une guerre délibérément ouverte contre la société, sa décadence, sa propension à fabriquer des monstres et se défaire de ses responsabilités une fois que l'élève a dépassé le maître, les MEDIAS (personnifiés ici par un Robert Downey Jr en diable et particulièrement inspiré), leurs surenchères, leurs manipulations, leur obsession de l'audimat, leur inhumanité, leurs partis pris et la lobotomisation appuyée qu'ils exercent sur le spectateur inactif qui a tant cessé de réfléchir que fini par prendre son écran de télévision pour son substitut intellectuel et sa porte ouverte sur le monde.


Il faut des tripes, de la distance et une volonté profonde de penser par soi-même avant de jeter un oeil sur ce film et ne pas s'arrêter à ce que «Papa a dit» pour se faire sa propre opinion.


Tueurs nés, l'un des meilleurs et plus sulfureux films de la collection de Stone mérite d'être vu, décortiqué, analysé, commenté et réhabilité, car même le sachant déjà, tu te rends compte à quel point ce so called "Land Of Freedom" qu'est l'Amérique n'a de leçon de civisme à donner à PERSONNE.

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Crédit photo : Tallojah Makandal

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